Le village de Jongny

Géographie

Le développement d'une agglomération est largement conditionné par le site où elle s'inscrit. D'autres facteurs peuvent encore l'expliquer. Dominant le lac Léman et proche de Vevey, le site de Jongny offre aujourd' hui de nombreuses qualités.

Dans son extrême partie orientale, le bassin lémanique présente certains traits physiques particuliers, lieu de rencontre du lac Léman et des Préalpes, juxtaposition de rivages lacustres et d'une montagne dévalant vers eux, la région offre un paysage très encaissé.
Aux abords de la Veveyse pourtant, l'adret lémanique s'élargit quelque peu en perdant de son inclinaison, une campagne plus aimable apparaît. Elle est faite de pentes douces qui, recouvertes de vignes, de vergers ou de prairies, descendent jusqu'au lac depuis les sommets boisés des Pléiades, du Mont-Vuarat ou du Mont-Pèlerin.

Le village de Jongny est bâti sur le versant méridional du Mont-Pèlerin, à quelque 600 mètres d'altitude. Situé à proximité de Vevey, il domine un vignoble se rattachant à Lavaux, tandis que la partie supérieure du territoire communal, couverte de champs et de forêts, monte jusqu'à 750 mètres d'altitude. Elle s'étend alors en déclinant, dans la direction du nord, entre le Mont-Vuarat et le Mont-Pèlerin. Là débute un corridor de circulation naturel, connu sous le nom de "trouée d'Attalens".
Attirés par le site, de nombreux résidents s'établissent de nos jours dans le village ou dans ses environs immédiats. Routes, demeures, infrastructures diverses ont été réalisées; ces constructions donnent aujourd'hui à la région un visage nouveau. Longtemps, Jongny est resté un petit village, vivant replié sur lui-même. Son histoire, racontée dans les pages suivantes, est vieille néanmoins de deux mille ans.

 

Histoire et origines

 1. EPOQUE ROMAINE

Les origines

Des témoignages archéologiques permettent de penser que dès l’époque romaine le site de Jongny était un lieu de passage entre la vallée du Rhône (Rauraci) et Avenches, la capitale de l’Helvétie romaine. Le «Sentier romain» et le «Chemin romain» pourraient en être les vestiges. La voie passait par les lieux-dits «Sous-Mont», «Les Friboges» et «Vers les Galley»
en direction du château d’Attalens.
Certains indices toponymiques laissent supposer qu’une installation agricole existait sur les terres de la commune actuelle. On pense que le propriétaire s’appelait Juvenius, Gallinius ou Gallenius. Le vocable de Jongny signifierait alors le «domaine de Gallenius».


2. PERIODE MEDIEVALE

Une terre seigneuriale

C’est après le déclin de l’Empire romain et les invasions barbares que les premières mentions de Jongny apparaissent sous différents vocables: Jaunie, Jalnie, Galniei puis Jongnye en 1373. La petite communauté doit probablement sa présence à l’existence antérieure du domaine agricole romain.
A l’époque du Saint-Empire romain-germanique, l’Evêque de Lausanne règne sur la région de «La Vaux» qui s’étend de Lausanne à Vevey. Il en restera suzerain jusqu’à l’arrivée des Bernois en 1536. La vie modeste des habitants n’est guère connue; on sait que 6 hommes de Jongny sont au service de l’Evêque en 1443. A cette époque, l’Eglise détenait tant le pouvoir temporel que l’autorité spirituelle.
Une chapelle dédiée à Saint-Laurent, en activité au début du XIVe siècle, dépendait de l’église paroissiale de Corsier. Sa cloche, qui sonne encore du haut du clocher de l’ancien collège, classée monument historique, a été réalisée par un certain Pierre Mouron de Chardonne. Outre quelques figurines, elle porte, en latin, l’invocation suivante: « Sainte Marie pleine de grâce, que le Seigneur et Saint-Laurent soient avec toi; nous t’invoquons doublement; an du Seigneur 1504. »
Les armoiries communales adoptées en 1924, reprenant la cloche historique accompagnée du coeur et des étoiles de l’ancienne paroisse de Corsier, se décrivent comme suit: « D’azur à la cloche accompagnée en chef de deux étoiles et en pointe d’un coeur, le tout d’argent. »


3. PERIODE BERNOISE

L’ancienne paroisse de Corsier

Lors de la conquête du Pays de Vaud par les Bernois en 1536, leurs alliés fribourgeois s’emparèrent de Châtel-St-Denis et d’Attalens mais échouèrent à prendre possession de
Vevey. Dès lors, à la limite du territoire fribourgeois, Jongny se trouva englobé dans le bailliage de Lausanne.
Comme les quatre paroisses de Lavaux, celle de Corsier est dirigée par un «grand gouverneur», choisi parmi les familles vaudoises. La paroisse devient un arrondissement administratif et politique en plus de son rôle ecclésiastique.
Deux conseils sont chargés d’administrer la Paroisse. Le premier Conseil dit Rière-Conseil, réunit les représentants des villages de Corsier, Corseaux, Chardonne et Jongny. Son rôle consiste surtout à nommer les membres du second Conseil chargé de l’administration générale. Jongny, la plus petite commune n’envoie qu’un conseiller sur douze. La liberté de ces Conseils est fortement limitée par la présence du «châtelain», représentant des autorités bernoises.
La paroisse, qui possède des biens importants, constitue une bourgeoisie dont les revenus servent aux besoins de l’ensemble des bourgeois paroissiaux. Les biens sont divisés en deux Bourses: La première, dite de la Paroisse, règle les dépenses relatives aux bâtiments et chemins publics, aux traitements du pasteur et du régent. La seconde, dite de l’Hôpital, assure l’entretien des pauvres ou indigents. Près de la place du Molard, le bâtiment dit « La Bourse des Pauvres » était destiné à héberger les bourgeois nécessiteux.


La communauté villageoise est dirigée par un «petit gouverneur», fonction pas toujours recherchée. Le petit Conseil de six membres doit rendre compte de son action au Conseil général. Il fallait être bourgeois du village pour siéger dans l’un ou l’autre Conseil. Les familles Taverney, Cupelin, Demontet, Dupont, Forestier et Butticaz firent l’acquisition de la bourgeoisie de Jongny sous le régime bernois.
En 1550, dans la paroisse de Corsier, on dénombre 155 foyers comptant chacun 5 personnes en moyenne. Seules 6 familles propriétaires habitent Jongny et leur fortune, 200 florins en moyenne, les place loin derrière celles de Corseaux (700 florins), les vignes valant dix fois plus que les champs.
Deux siècles plus tard, il ressort de l’enquête confiée au pasteur de la paroisse que Jongny compte 23 feux, totalisant 110 personnes. Les conditions de vie s’avérant difficiles, nombreux sont les habitants dépendant des secours octroyés par la Bourse paroissiale de l’Hôpital.
L’autorité communale, exercée par quelques citoyens propriétaires, se renouvelle par cooptation. En témoigne le procès-verbal de l’assemblée consiliaire du 8 avril 1737:

«Les honnorables Jean François Taverney, Jean Cuppelin, Abram Bron et Jacob Louys Neyroud, conseillers du village, vu la mort du Sr Claude Taverney, le premier conseiller, on trouvé apropos d’élire un autre à sa place en sorte que n’ayant pu jetter les yeux que sur Jean Samuel Taverney fils aîné dudit feu Claude a moins de nommer avec luy deux jeunes hommes qui ne sont pas encore bien en état de pouvoir fonctionner non plus que pour les charges publiques et de fatigues avec considérations et autres, le susdit Jean Samuel Taverney a été par voix unanime élu conseiller dudit village et a apporté le serment ordinaire et accoutumé».

A la fin du régime bernois, en 1798, Jongny compte environ 150 individus. Tous tirent leur revenu de l’agriculture, à l’exception d’un tuilier et d’un médecin.


4.JONGNY AU XIXe SIECLE

La commune, ses autorités, ses bourgeois


La France révolutionnaire ayant libéré le pays de Vaud de la tutelle bernoise, Bonaparte, par son Acte de Médiation de 1803, établit la souveraineté du canton qui vote son entrée dans la Confédération suisse.
Dès 1799, une Municipalité est mise en place à Jongny. Le gouverneur règle la dépense occasionnée par les verres offerts lors de l’installation de la Municipalité formée de trois municipaux. Le procès-verbal de l’installation du Conseil général, le 21 août 1803, nous apprend que le citoyen Jean François Louis Taverney a été élu syndic. Les citoyens David Louis Butticaz et Jean-Louis Forney ont été élus adjoints du syndic.
Le Conseil général, fort de 15 membres, se maintiendra en place jusqu’en 1892, année d’élection du premier Conseil communal.
En forme de jambon, le territoire communal s’étend sur 209 hectares. Sa frontière, parfois naturelle (la Bergère), est le plus souvent bornée. Jongny est délimité au nord - est par Attalens (canton de Fribourg), au sud - est par Corsier et à l’ouest par Chardonne.

Dès 1804, les communes de Chardonne et Jongny demandent le partage des biens paroissiaux qui sont mal exploités. Les intérêts des communes du haut et du bas sont divergents. Tout concourt à la dislocation de la commune paroissiale, ainsi qu’au partage de ses biens et de ses bourgeois. En 1816, une convention est signée entre les quatre communes. Elle sera mise en application en 1828, conduisant à l’autonomie communale de Jongny.


Conséquence de cette dislocation, une cinquantaine de personnes optent pour la bourgeoisie de Jongny: les familles Chaubert, Chaudet, Chollet, Leubaz, Richard, Gürtner. Plus tard, d’autres familles, souvent réfugiées, obtiennent également la bourgeoisie.

Outre la dislocation de la paroisse de Corsier, d’autres problèmes agitent les esprits à Jongny qui, à l’instar de Chardonne, se trouve isolée par manque de voies de communication. En réponse à leur requête, les autorités vaudoises construiront en 1842 la route Vevey - Châtel-St-Denis. Septante ans plus tard, un projet de chemin de fer Vevey - Bulle - Thoune, qui empruntait le territoire communal, ne sera jamais réalisé.
Les nouvelles voies de communication ne changent guère la vie quotidienne à Jongny. Les travaux de la terre restent encore largement dominants. Les champs cultivés diminuent au profit des prés. La vigne maintient sa superficie autour des 4 hectares. Aux activités agricoles et artisanales s’ajoutent la construction des voies de communication et des établissements hôteliers. En outre, de nombreux marchants ambulants ou colporteurs sillonnent la commune.

Le progrès matériel s’exprime par l’installation de l’éclairage public (2 lampes) et surtout par la construction d’un nouveau collège en 1893. Celui-ci comprend deux salles d’école, une salle de gymnastique, une salle communale, deux appartements pour les enseignants, des caves et des vastes galetas pour stocker le bois de chauffage. La population compte environ 300 habitants.

En 1892, le premier Conseil communal, fort de 45 membres (soit le minimum admis par la loi cantonale), est installé. On peut supposer qu’il était difficile de trouver des citoyens volontaires puisque seuls 36 d’entre eux sont présents. Il faut attendre la loi cantonale de 1956 pour que le seuil soit abaissé à 30 conseillers. Le Conseil communal, qui avait à choisir entre le statu quo et le minimum, sur proposition de la Municipalité et du Bureau, accepta la deuxième options par 22 voix contre 4. L’arrivée du suffrage féminin et l’augmentation de la population ont permis l’élection d’un Conseil fort de 50 membres dès la législature 1990-93.


5. PERIODE CONTEMPORAINE.

La pression démographique


Si, en 1900, Jongny comptait 300 habitants, la population va rapidement passer le cap des 1000 âmes avant la fin du siècle. Les habitations, qui se concentraient principalement au village, se répandent progressivement sur le versant lémanique. De nouveaux quartiers se construisent au Petit Maconnaix, en Faug, à la Perrette, en Cherpenau ou au Laviau. Afin de faciliter la localisation des familles (et le travail des postiers), les chemins seront baptisés en gardant naturellement les appellations existantes, puis les maisons numérotées.

Pendant plusieurs années, la restauration des chemins communaux, le développement des réseaux d’eau et d’égouts, d’électricité et de gaz ont nécessité d’importants investissements financiers pour répondre à la pression démographique. Jongny, qui bénéficiait d’une convention avec la commune de Remaufens pour la fourniture de l’eau, doit se résoudre à vendre son réseau au Service des Eaux de Vevey-Montreux, dont elle devient membre (1973), afin d’assurer pleinement son ravitaillement.

L’administration communale, qui s’exerçait aux domiciles des préposés (greffe, bourse, assurances sociales), est regroupée (1980) dans le bâtiment des Rosiers acquis par la commune à cet effet. Elle est désormais exercée par des fonctionnaires à plein temps. Elle s’installera définitivement en 1996 dans une nouvelle construction comprenant également les locaux de la poste et un parking.

Malgré des recettes en progression, l’expansion soutenue de la population incite les autorités à réagir. Le syndic Bernard Streiff écrit dans la FAO : « Dans un souci de mieux contrôler notre développement, le plan des zones, datant de 1977, est en cours de remodelage ..... et va être soumis au Conseil communal ...... accompagné d’un plan directeur ...»

La population souhaite de plus en plus disposer d’une salle polyvalente. Cette dernière devra cependant accorder la priorité à la construction d’un deuxième collège (1984) pour répondre à l’afflux de nouveaux élèves. C’est en 1988 qu’une salle de spectacle avec un abri de la protection civile et un local du feu est inaugurée.

Le plan des zones adopté en 1994 limite strictement les surfaces constructibles, soumises à l’élaboration de plans de quartier tels ceux de Praz-de-Crêt ou de Sur-Jongny en cours de réalisation. Gageons que la population jongnyssoise va progressivement rejoindre le seuil prévu par le bureau URBAPLAN : 2000 habitants !


 
Les armoiries
 

D'azur à la cloche accompagnée en chef de deux étoiles et en pointe d'un coeur, le tout d'argent.

Les armoiries communales, adoptées en 1924, reprennent le coeur et les étoiles des armoiries de Corsier, rappelant ainsi le souvenir de l'ancienne paroisse.
Ces ornements entourent la cloche de l'ancienne chapelle.